Media Week Report - 10 mars

Le Media Week Report de la semaine joue les équilibristes entre l’irrationnel triomphe de l’entrée en Bourse de Snap et la stratégie, parfaitement maîtrisée, de diversification de Facebook qui teste actuellement de nouvelles fonctionnalités comme les emojis sous Messenger, ou son City Guides. Un pari risqué (celui de Snap), et des tests (ceux de Facebook) qui montrent à quel point les frontières entre médias sociaux, occupés à copier les fonctionnalités de leurs rivaux, sont poreuses.

Snap, une entrée en Bourse triomphale, un succès éphémère ?

snap

Alors que certains investisseurs ne comprennent pas toujours le fonctionnement de Snapchat, l’IPO de sa maison-mère, Snap, s’est élevée à 3,4 milliards de dollars, une levée de fonds plus importante que prévue, valorisant l’entreprise à 34 milliards de dollars. L’entrée en Bourse de Snap, qui devrait être la plus grosse de l’année, est déjà la plus chère de l’histoire de la tech – Twitter étant le seul à s’être approché du ratio valorisation / chiffre d’affaires de Snap, bien au-dessus de Facebook, Amazon, Google ou Microsoft.

Un niveau de valorisation déconnecté des réalités économiques ? Pour certains analystes, oui, sans aucun doute. Lors de l’officialisation de son entrée en bourse jeudi 2 mars, Snapchat a publié des résultats montrant une multiplication par sept de son chiffre d’affaires en 2016 – réalisé pratiquement entièrement grâce à la publicité – pour une perte nette annuelle de 515 millions de dollars et, depuis sa création en 2011, la société n’a jamais dégagé de bénéfices. Un modèle économique qui suscite des interrogations.

Pour Marie Dollé, Responsable du Contenu chez Kantar Media, dans Les Echos, le risque pour Snapchat est de faire partie des nombreuses bulles spéculatives de la Silicon Valley et d’être dans l’incapacité de trouver un modèle économique viable.

Il y a en effet, d’après Christopher Dembik, économiste en chef chez Saxo Banque, une certaine exubérance irrationnelle des acteurs du marché. Depuis 2005, déclare-t-il dans La Croix, on assiste à un véritable afflux d’argent vers des entreprises high-tech dont la plupart, à l’exception de Facebook, ne génèrent pas d’argent.

Pour Les Echos, certains investisseurs et analystes ont d’ailleurs été déçus par les réponses aux questions apportées par Snap quant à la façon dont l’entreprise se voit dans cinq ans, en particulier sur l’émergence d’Instagram, qui vient chasser sur les terres de Snapchat.

Pour Jacques-Aurélien Marcireau, gérant du fonds EdRF Global Data chez Edmond Rotshild Asset Management, la valorisation de Snap, bien que très élevée, n’est pas déraisonnable, et les investisseurs ont retenu la leçon de Twitter – qui a fini par exaspérer les marchés pour ne pas être devenu rapidement rentable. Ce que les investisseurs achètent, avec Snap, déclare-t-il dans une interview pour La Tribune, c’est « une capacité exceptionnelle à parler au Millennials », une génération que les publicitaires ont du mal à toucher – et qui, selon CB News, implique, par ses usages, ses codes, sa capacité à créer et à partager des contenus, un bouleversement au sein des médias. Dans dix ans, précise Jacques-Aurélien Marcireau, il y aura une nouvelle génération, avec d’autres codes, et Snapchat n’est pas un bon investissement à long terme. Lundi 6 mars, l’action Snap retombait effectivement brutalement.

Comme le dit L’Obs, même s’il ne parvenait pas à trouver sa rentabilité, Snap – qui, selon Marie Dollé, a toujours eu un temps d’avance en termes d’innovations et pourrait, avec ses projets en cours, renaître autrement – pourrait à terme, si son application continue à plaire aux usagers, attirer les convoitises de géants comme Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft, avides de data pour leurs algorithmes. Après tout, Google et Microsoft se seraient déjà renseignés pour racheter Twitter, lui-même en difficultés…

Facebook se veut fun pour Messenger…

Tentative pour séduire les Millennials, férus utilisateurs de Snapchat ? Facebook teste les emojis sur Messenger.

Le but ? Permettre aux utilisateurs de réagir aux messages privés comme ils le font sur le fil d’actualités. Et, comme l’indique un porte-parole à TechCrunch, rendre « Messenger plus amusant et plus engageant ». 

Parmi les réactions possibles, une surprise. Un bouton ‘Dislike’, ou ‘Je n’aime pas’, jugé par ailleurs trop négatif pour le fil d’actualités. Une fonctionnalité – jusqu’ici inimaginable pour Facebook, recettes publicitaires obligent – pourtant réclamée par de nombreux utilisateurs.

Pour Facebook, il s’agit cependant davantage d’un bouton ‘Non’. Les gens utilisant souvent Messenger pour planifier et se coordonner, la question est de savoir si ce type de réactions – déjà en place, par exemple, pour les iMessages d’Apple – accélérera les questions d’ordre logistique.

Eternel optimiste dans l’âme, Facebook ? 

… Et joue les guides touristiques

Selon le site The Next Web, Facebook en en train de tester une nouvelle fonctionnalité baptisée City Guides. Sorte de guide touristique des grandes villes du monde (de Paris à San Francisco), City Guides suggère différents établissements à visiter et événements à découvrir.

Classé par catégories – manger, boire, tourisme, hôtels et shopping – City Guides met l’accent sur les lieux appréciés des utilisateurs, et nous indique quels sont nos amis à avoir déjà visité la ville en question.

Après avoir récemment lancé un nouveau format pour les offres d’emploi et un onglet météo, Facebook continue sa diversification, multipliant les usages dans l’espoir que les utilisateurs se passent de services comme LinkedIn ou d’applications comme AccuWeather. Le but, cette fois, est, selon Numerama, de jouer sur le terrain d’Airbnbn, qui a récemment lancé Expériences, véritable outil touristique. Ou encore de voler des utilisateurs à Foursquare.

 




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