Social Week Report - 18 novembre

Alors que Facebook est dans la tourmente outre-Atlantique, le Social Week Report décrypte tous les enjeux de ce débat passionnant sur le rôle et l’influence du réseau social star. À lire également cette semaine : l’opération com’ de la semaine par Snapchat, la longue descente aux enfers de Viadeo et le lancement de Flash, le « Snapchat pour les pays émergents » signé Facebook.

ÉLECTIONS US : FACEBOOK CONTRAINT À L’EXAMEN DE CONSCIENCE

Trump

Quelle responsabilité porte Facebook dans la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine ? La question est sur toutes les lèvres, à commencer celles de Mark Zuckerberg. Suite à la victoire surprise du sulfureux candidat, le réseau social a été pointé du doigt dans les médias.

Selon le New York Times, ces questionnements seraient également très présents en interne, où plusieurs cadres auraient débattu ces derniers jours du rôle joué par Facebook. Selon BuzzFeed, un groupe de travail aurait même été constitué et projette de dresser « une liste de recommandations » à destination de la direction.

En France, l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira y a été de son petit commentaire, estimant que la direction de Facebook « s’exonère un peu trop facilement » des abus commis sur sa plateforme.

Les abus en question, ce sont ces contenus partisans ou carrément mensongers qui ont infiltré les fils d’actualité de millions d’électeurs tout au long de la campagne, sans que Facebook ne puisse les faire disparaitre. Effet de viralité oblige, certains ont rencontré un écho très fort, influençant donc potentiellement le comportement des électeurs.

Au-delà de ces contenus visant clairement à essaimer de fausses informations, c’est plus largement le statut de la plateforme qui est en question. En effet, Facebook refuse toujours d’être considéré, et donc d’agir, comme un média stricto sensu, « s'accrochant », selon les termes du Figaro, au concept de neutralité alors qu'il effectue tous les jours des choix éditoriaux (rappelez-vous la polémique de mai sur les « Trending Topics »).

Zuck n’en démord pas : l’actualité ne constitue pas l’ADN de Facebook, qui ne se définit donc pas comme un média traditionnel. Penser que les actualités mensongères sur Facebook ont eu un impact sur l’élection est alors « une idée complètement folle », selon le dirigeant. Mais d’aucuns l’accusent de se cacher derrière son petit doigt et de bénéficier de tous les avantages, notamment financiers, inhérents au monde des médias, sans en endosser les responsabilités afférentes.

Certes, Facebook échappe de fait à une catégorisation datée du média d’actualité classique – la plateforme se contente en effet de distribuer des contenus. Mais tout de même, selon une enquête publiée cette année par le Pew Research Center, 62% des Américains lisent des articles d’actualité sur Facebook et 44% d’entre eux utilisent la plateforme comme source principale pour s’informer. Une statistique qui souligne sans équivoque que les enjeux sont loin d’être uniquement techniques.

Pour l’heure, Facebook refuse obstinément d’entrer dans ce méta-débat, en tout cas publiquement. Mais l’entreprise s’est tout de même vu contrainte de reconnaître qu’« identifier la vérité est compliqué », alors que des millions de contenus sont publiés sur le site chaque seconde par les utilisateurs.

Première mesure de rétorsion annoncée cette semaine : les sites incriminés n’auront plus accès à la régie pub de Facebook et ne pourront donc plus monétiser leur audience. Mais le sujet de fond n’a pas fini de faire parler, l’influence du réseau social dans l'élection devrait d’ailleurs être à l'ordre du jour de la prochaine réunion trimestrielle des dirigeants.

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Snapchat vous donne une bonne leçon de marketing

Rien de tel que la rareté pour stimuler l’appétit des consommateurs. Snap Inc, maison-mère du réseau social Snapchat, nous prouve cette semaine qu’elle a bien potassé son Marketing pour les nuls, en déployant une ingénieuse opération de commercialisation de ses lunettes connectées. Annoncées fin septembre, les « Spectacles », qui permettent de filmer des vidéos de 10 secondes transférables directement sur Snapchat, sont désormais disponibles via un dispositif pour le moins original. Pour se les procurer, seule solution, suivre à la trace l’itinéraire d’un distributeur automatique dont l’emplacement est renseigné sur un site dédié. À charge aux geeks de tout poil d’y traquer le « Snapbot », cette machine jaune poussin qui vous fournira les précieuses lunettes contre 129 dollars. L’effet est garanti : à la première apparition de la machine en Californie la semaine dernière, les acheteurs se sont massés pour tenter d’obtenir les « Spectacles ». Mais évidemment, il n’y en a pas eu pour tout le monde et quelques petits malins ont pu revendre en ligne les paires glanées, pour des sommes extravagantes. Le journaliste de The Verge, qui fait partie des chanceux, est déjà conquis. Pour les autres, il faudra encore patienter avant de pouvoir se procurer les « Spectacles » par un biais plus conventionnel. Côté publicité, c’est en tout cas réussi, puisque même le New York Times en parle.

Viadeo au bord du gouffre financier

Cruelle désillusion pour Viadeo, un temps, désormais lointain, décrit comme le LinkedIn français. Le réseau professionnel, qui avait pourtant opéré un repositionnement stratégique en mai, doit se rendre à l’évidence : les caisses sont vides. Tant et si bien que la direction a demandé la semaine dernière la suspension du cours de Bourse de l’entreprise sur Euronext. Selon les calculs des Échos, l’action Viadeo ne vaut plus que 0,99 euro après avoir chuté de 55% cette année et de 66% en 2015. Le chiffre d’affaires est également en baisse, à 12,3 millions d’euros sur les 9 premiers mois de l’année 2016. Malgré un bon accueil initial pour la nouvelle stratégie du groupe, recentrée sur la France, les investisseurs restent, de toute évidence, dubitatifs et Viadeo peine à trouver les financements nécessaires pour se redéployer efficacement. Dernière initiative en date, le lancement d’une application dédiée à la recherche d’emploi assistée par un chatbot, dont le déploiement au grand public a été annoncé pour le début de l’année prochaine. Viadeo survivra-t-il jusque-là ? La trésorerie de l’entreprise menace dangereusement de sombrer, avec seulement 1,3 million d’euro à fin octobre.

Facebook à la conquête des pays émergents

Encore une fois, Facebook confirme que l’imitation est la forme la plus sincère de flatterie. Le géant de Menlo Park vient en effet de lancer un nouveau service, Flash, dont le fonctionnement rappelle celui de Snapchat, car il permet de partager des photos et des vidéos éphémères. Néanmoins, une fois n’est pas coutume, le petit nouveau affiche une véritable particularité : il cible spécialement les pays émergents. Récemment lancé au Brésil, l’application sera bientôt déployée sur d’autres marchés en plein essor, peut-être en Inde ou en Indonésie. Créé pour des régions où le Wifi se fait rare et la connectivité faible, Flash mise tout sur sa légèreté : il ne pèse pas plus de 25 MB, un tiers du poids de Snapchat. Ce n’est pas la première fois que Facebook essaye de draguer les pays émergents : il avait déjà tenté le coup avec Facebook Lite et Messenger Lite. Selon Re/Code, Facebook aurait jeté son dévolu sur les pays émergents car la direction est consciente de ne pas pouvoir rattraper Snapchat sur le marché nord-américain, où l’application au petit fantôme revendique presque 60 millions d’utilisateurs actifs. 



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