Tonalité, chatbots, fake news... : comment l'intelligence artificielle bouscule la veille média

 

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Considérée comme la quatrième révolution industrielle[1], l’intelligence artificielle (IA) commence à peine à bouleverser les métiers de la veille et l’analyse médias. Loin de faire partie du passé, le métier de veilleur et d’analyste a de beaux jours devant lui essentiellement pour deux raisons. Non seulement parce que les volumes d’informations à traiter n’ont jamais été aussi importants, mais aussi parce que les machines et les algorithmes ne cessent d’offrir de nouvelles perspectives dans la connaissance et la compréhension de ces informations.

Longtemps, la veille digitale visait à restituer une information brute le plus rapidement possible. Le client d’une société de veille médias exigeait ainsi l’exhaustivité, la rapidité et la pertinence : un panorama de la presse reflétant la place d’une marque ou d’une institution dans le monde médiatique. Aujourd’hui, l’information se doit d’être restituée mais avec une valeur ajoutée beaucoup plus importante : une information doit être comprise et analysée dans un écosystème médiatique bien plus complexe qu’avant. Avant de la restituer, il est nécessaire pour une société de veille de la valoriser. De réduire aussi le volume d’informations au profit de la pertinence afin d’en mesurer le plus justement possible le ROI.


Que veulent les marketeurs, les directions de communication et les agences RP?

  

C’est précisément en amont que l’intelligence artificielle va permettre tout d’abord de faire un saut qualitatif. Afin de faire face aux milliards de pages web, de tweets, de chats, de photos, de vidéos, les sociétés de veille médias pourront utiliser le deep learning et le machine learning afin de générer des insights. Que recherche au fond une agence RP, un marketeur ou une direction de communication? Ils tiennent à ce que leur prestataire de veille voit et identifie l’information, la comprenne et l’analyse afin de générer des insights. L’IA va apporter ce plus essentiel de l’interaction : interaction entre un produit et des images, entre un influenceur et ses followers, entre une émission télévisée et son écho sur les réseaux sociaux, entre des signaux forts et des signaux faibles. L’information brute ne suffit plus à satisfaire les besoins des clients et une société de veille et d’analyse pourra s'appuyer sur les formidables possibilités offertes par l’IA : reconnaissance vocale, reconnaissance d’images et de vidéos, d’objets et de visages, découpe et classement automatique de la presse, traitements et analyses en temps réel des données, catégorisation des données collectées et simplification dans la restitution.

  

Renouveler l’expérience client

 

Mais les possibilités ne s’arrêtent pas en amont : les clients eux-mêmes peuvent en bénéficier. Une des possibilités offerte par l’IA est par exemple le développement des chatbots. Plutôt que d’interagir avec une plateforme, l’utilisateur final pourrait très bien utiliser des robots via une app. capable de dialoguer sur des questions simples ou même, à terme, bien plus complexes : quel est le nombre de retombées positives dans les médias ? Quels sont les mots les plus utilisés reflétant la tonalité de l’information dans un panorama de presse ? Quels sont les informations ayant eu l’écho le plus large sur les réseaux sociaux ? Existe-t-il une information à risque identifiée ?  Quels sont les tendances médias ? Quels sont les influenceurs du jour ?

L’intelligence artificielle va également permettre de mieux lutter et donc d’identifier les fake news. En centralisant les informations, une société de veille va permettre à ses clients d’assurer une « traçabilité », de traquer la rumeur, de distinguer une information fiable issue d’une source elle-même fiable d’une fake news. Bref, l’IA, en cultivant l’interaction entre les informations, va permettre de comparer, de hiérarchiser, de détecter au besoin d’alerter. Le scoring, le matching et le ranking sont au cœur des bénéfices d’une veille passée au prisme de l’IA. Par une connaissance des modèles de crise et leur anticipation, l’IA va aussi permettre d’être proactif grâce une optimisation des systèmes d’alertes.

« En centralisant les informations, une société de veille va permettre à ses clients d’assurer une « traçabilité », de traquer la rumeur, de distinguer une information fiable […] d’une fake news »

  

Aller plus loin


Mais cantonner la veille média à l’information médiatique, qu’elle soit issue des supports traditionnels (Presse, RTV) ou digitaux (web, réseaux sociaux) est-il suffisant ? En effet, l’intelligence artificielle permet de créer des ponts avec des données autres que celles présentes dans les médias, dans une perspective holistique qui remet en cause les habitudes en cassant les silos et les spécialités. Par exemple, à côté des réseaux sociaux, les données d’audiences dans les médias traditionnels sont incontournables dans l’évaluation d’une campagne. Au-delà d’une campagne sur Instagram, les données d’un panel de consommateurs éclairent aussi autrement et différemment la place d’une marque dans les habitudes de consommation d’un produit. Dernier exemple : la perception d’une publicité auprès d’un public donné peut être mise en regard avec la perception médiatique d’un produit.

« L’IA […] va faciliter et décupler les usages par la promotion d’insights de plus en plus précis dans un environnement cross-canal. »

Dans le cadre d’une campagne publicitaire, marketing ou médiatique, l’IA, au-delà même de la veille, va faciliter et décupler les usages par la promotion d’insights de plus en plus précis dans un environnement cross-canal. Ce qui prenait du temps humainement, va bénéficier d’une accélération : la détermination de cibles ou d’une audience, la production de contenus en fonction de ces cibles, l’identification de l’influence réelle d’une campagne et surtout l’anticipation de crises… Tout cela s’inscrit au cœur des bénéfices de l’IA dans le monde du Reputation, du Consumer et de l’Advertising intelligence.

Ainsi, les possibilités qu’offrent l’IA dans le monde de la data médias en général sont loin d’être épuisées. La presse a vécu trois révolutions : celle de l’imprimerie, celle de l’offset et enfin celle de l’Internet. A son tour, l’IA, quatrième et dernier univers, offre l’opportunité d’innover, de réinventer et d’enrichir nos métiers.



[1] On recense habituellement quatre révolutions : la révolution mécanique au XIXe siècle, l’électrique à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, l’électronique dans la seconde moitié du XXe siècle et la cybernétique au XXIe siècle. 




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