Media Week Report - 8 mars

Cette semaine, le Media Week Report vous emmène en France, où le projet de taxe Gafa prend forme ; au Royaume-Uni, où la riposte à Netflix s’organise ; et aux Etats-Unis, où la réorganisation de WarnerMedia prend corps.

  

Le projet français de taxe Gafa, un nouvel impôt très politique


Le projet de loi visant à instaurer une taxe de 3% sur le chiffre d’affaires réalisé en France par les plateformes internet à partir de 2019 – soutenu, selon un sondage BVA pour La Tribune, par 84% des Français – a été présenté mercredi par Bruno Le Maire, ce dernier ayant répondu au passage aux diverses critiques formulées dans les domaines économique et juridique. Le gouvernement prévoit de faire adopter ce texte au Parlement avant l’été.

Le chiffre d’affaires concerné est celui issu de la publicité en ligne, de l’utilisation des données personnelles et de l’intermédiation; les entreprises concernées (une trentaine) sont les entreprises numériques générant une activité annuelle d’au moins 750 millions d’euros au niveau mondial et 25 millions en France (un système supposé protéger, selon Numerama, au maximum les entreprises françaises).

Proche du dispositif envisagé au niveau européen, ce nouvel impôt franco-français très politique, censé mettre fin à des années d’impunité fiscale des Gafa, est aussi – selon Libérationun signe d’impuissance de la France. Face à l’opposition persistante de quatre Etats membres (l’Irlande, le Danemark, la Suède et la Finlande) au projet de directive européenne, la prochaine réunion de l’Eurogroupe, le 12 mars, devrait acter l’échec de cette taxe européenne unique dont l’exécutif français aura été le plus ardent promoteur – aux côtés de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne, également à l’initiative du projet européen. Toujours selon Libération, Bruno Le Maire entend toutefois proposer de définir une position européenne commune à défendre à l’OCDE lors de la prochaine réunion du Conseil des ministres européens de l'Economie et des Finances le 12 mars.  

La France ne fait pas vraiment cavalier seul – ou, du moins, n’est pas la seule à le faire – l’Italie et le Royaume-Uni ayant annoncé des mesures similaires au dispositif français, tandis qu’une réflexion est en cours en Espagne, en Autriche et en Belgique.

Si Bruxelles redoutait une telle floraison d’initiatives, elles ont l’avantage d’accroître la pression sur les pays récalcitrants, et d’aiguillonner l’OCDE, mandatée depuis 2015 par le G20 pour trouver une solution pérenne aux défis posés par l’invention de nouvelles règles fiscales adaptées à une économie qui se numérise.

Comme le rappelle Libération, le gouvernement français a toujours insisté sur le caractère transitoire de sa taxe Gafa. « Après l’échec de l’UE à se mettre d’accord sur un impôt lui aussi prévu pour disparaître à partir du moment où de nouvelles règles fiscales mondiales s’appliqueront, tous les espoirs de voir régler cet épineux problème se reportent précisément sur l’OCDE », indique Libération. Selon Les Echos, la France ne fera en effet cavalier seul que dans l’attente d’une coordination au niveau mondial. « Redéfinir les règles fiscales ne peut se faire qu’à l’échelle internationale », a insisté Bruno Le Maire. 

En France, cette nouvelle taxe Gafa devrait rapporter 400 millions d’euros en 2019, 450 millions en 2020, 550 millions en 2021 et 650 millions en 2022. Problème, selon Julien Pellefigue, associé chez le cabinet d’avocats Taj, cité par Les Echos: « Personne ne sait vraiment comment Bercy va faire pour contrôler les rentrées fiscales associées à cette taxe ».

 

BritBox, la riposte à Netflix de la BBC et de ITV au Royaume-Uni


Les groupes de télévision britanniques BBC et ITV prévoient de lancer, d’ici fin 2019, leur propre service de vidéos en ligne au Royaume-Uni, BritBox. La BBC et ITV précisent que d'autres partenaires pourraient se joindre au projet, sans citer de nom – la chaîne publique Channel 4 semble cependant un allié naturel.  

Pour leur projet sur le sol britannique, la BBC et ITV disent s'appuyer sur le succès du service de streaming déjà lancé, début 2017, en Amérique du Nord, dont les performances – même si elles restent modestes avec 500 000 abonnés – sont meilleures que prévues.

Sur le plan stratégique, cette initiative devrait permettre à la BBC, qui cherche à rajeunir son public, d'élargir son audience. Pour ITV, il s'agit de réduire sa dépendance à un marché publicitaire en berne sur le marché de la télévision traditionnelle.

Quant aux moyens – 76 millions d’euros sur deux ans promis par ITV, plus un montant pas encore précisé pour la BBC – ils risquent de sembler légers face aux 8 milliards de dollars que dépense Netflix par an en contenus, auxquels s’ajoutent un milliard en dépenses marketing et un milliard en dépense de technologie. « Les ambitions de BritBox seront modestes et reposeront avant tout sur les contenus plus vieux pour lesquels Netflix montre apparemment peu d'intérêt », explique Tom Harrington, analyste chez Enders, aux Echos. Bref, dans la riposte à Netflix qui s’organise aux quatre coins de la planète, la question des moyens risque d’être cruciale.

 

Réorganisation, aux Etats-Unis, de WarnerMedia


La réorganisation de WarnerMedia – le nouveau nom du mastodonte issu du rachat, par AT&T, de Time Warner ; propriétaire des studios de cinéma Warner Bros, de HBO ou encore de CNN – a officiellement commencé.

La chaîne haut de gamme HBO – dont le patron Richard Plepler vient d’annoncer sa démission pour désaccord, selon la presse américaine, avec les orientations d’AT&T– sera fusionnée avec la division Télé de Turner dans une entité baptisée WarnerEntertainement qui inclura les activités SVOD du groupe. En chapeautant la nouvelle plateforme de streaming par abonnement direct annoncée par AT&T pour cette année pour mieux rivaliser avec Netflix et Amazon, la nouvelle organisation laisse à penser qu’AT&T pourrait combiner les programmes HBO avec d’autres contenus Warner dans un catalogue à même de concurrencer ses rivaux.

Warner Bros accueillera par ailleurs la division Animation de Turner pour la marier avec DC Comics, tandis que la division Sport de Turner se rapprochera de CNN, dont le patron Jeff Zucker se verra confier de nouvelles responsabilités – il deviendra le patron de WarnerMedia News and Sports.

Le groupe espère des économies de 1,5 milliards de dollars par an. 

 



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