Réseaux sociaux : place aux modèles publicitaires de demain

 

Alors que Facebook fête ses 15 ans, entre résultats financiers records et polémiques à répétition, quels défis attendent les réseaux sociaux ? Quelles mutations pour leurs business models ? Au cœur des Tendances Social Media 2019 décryptées par Kantar Media en début d'année, le modèle publicitaire des réseaux sociaux semble osciller entre deux mots d’ordre contradictoires : pivoter… ou persévérer.

 

Un modèle publicitaire menacé

  

Affaire Cambridge Analytica, départ de dirigeants, amendes, piratages de comptes… ont conduit à cette question centrale : le modèle économique de Facebook et consorts, essentiellement basé sur l’exploitation des données personnelles à des fins de ciblage publicitaire, doit-t-il évoluer ? Est-ce la fin des réseaux sociaux tels que nous les connaissons ?

Si Facebook trône toujours en haut du classement des réseaux sociaux les plus populaires, les attaques à son encontre ont repris de plus belle en ce début d’année. Tim Cook, CEO d’Apple, demande un durcissement des lois de protection de la vie personnelle aux Etats-Unis, portant le débat au niveau politique. De son côté, la Russie menace le réseau social (et Twitter) de sanction, tandis que l’Allemagne souhaite le contraindre à limiter la collecte de données sur des services tiers comme WhatsApp et Instagram.

Une autre épée de Damoclès planne au-dessus de la publicité sociale : celle de la prolifération des adblocks et le rejet des pubs intrusives. Banner blindness, bloqueurs de pub, baisse des taux de clic… Depuis que le règlement de protection des données, RGPD, est entré en vigueur, Facebook exerce un contrôle plus rigoureux sur le partage des données et a restreint ses critères de ciblage. Instagram limite également ses datas disponibles. Ceci a un impact direct sur certains produits publicitaires, y compris les formats natifs jusqu’alors épargnés : croiser les données des plateformes avec celles de l’annonceur (Facebook Custom Audiences, Pinterest Audiences, LinkedIn Match Audiences…), ou encore installer Facebook Pixel, Twitter Pixel, LinkedIn Insight Tag pour vos opérations de retargeting nécessite désormais le consentement préalable des utilisateurs.

 

Trouver de nouveaux relais de croissance

  

Résultat : la chasse aux relais de croissance est ouverte ! Les géants du web social affichent depuis plusieurs années une volonté de diversification tout azimut. Mais cette tendance s’accélère incontestablement : intelligence artificielle, IoT, réalité augmentée, smart speakers, e-commerce… Les initiatives ne cessent de se multiplier, à travers des partenariats innovants proposant de nouveaux touchpoints aux marques.

Malgré les difficultés, les géants du web social deviennent ainsi des « conglomérats tech puissants sur lesquels il est dorénavant quasi impossible de faire l’impasse ». Dépassant largement leur cadre initial, les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) font aujourd'hui converger toute une palette de services ou technos qui intègrent la fonction première du média social : la connexion et l’échange entre les utilisateurs. Les frontières entre les disciplines s’effacent. Par exemple, pendant qu’Amazon développe son propre réseau réservé aux membres Prime, Spark, Facebook investit d’autres terrains que le réseau social proprement dit avec son smart speaker « Portal », et Instagram se lance dans l’e-commerce avec « IG shopping ».  Les partenariats se sont multipliés l’année dernière : Snap s’est s’associé à Twitch d’Amazon, Facebook à l’AFP, Instagram à Lafourchette, Youtube à Eventbrite, etc. D’autres associations pourraient encore voir le jour dans des domaines aussi variés que la santé, l’éducation ou encore le secteur bancaire.

Autre exemple : en Chine, le modèle économique des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) ne s’appuie pas sur la publicité, selon une étude du cabinet Favernovel consacrée à Wechat. Sur la plateforme chinoise, les publicités sont limitées à une ou deux par jour. « WeChat profite des revenus issus du cloud de sa maison mère Tencent, mais prend surtout une commission sur les paiements réalisés via sa solution WeChatPay", qui devient de plus en plus le canal favori des Chinois pour payer », explique Nicolas Cabanes, analyste du cabinet Fabernovel.

 

La pub, toujours la pub et encore la pub

  

Toujours est-il qu’en Occident, la publicité représente toujours plus de 90 % des revenus des réseaux sociaux. Et ce malgré le développement des autres leviers de croissance. Force est de constater que le modèle publicitaire est pérenne et que la santé financière de ses principaux acteurs est au beau fixe. L'essentiel de la croissance de la publicité digitale vient en effet aujourd’hui du display social, segment en hyper-croissance dominé par Facebook. Une des raisons est à chercher dans la baisse de la portée organique: depuis que les plateformes sociales ont changé leurs algorithmes, les pages des marques sont promises à un reach de plus en plus faible. D’où une augmentation des budgets de social advertising. Par ailleurs, le modèle Walled-Garden des géants sociaux et leurs univers logués sortent finalement gagnant du RGPD et demain du règlement e-privacy, là où d’autres médias doivent recueillir leurs données par les cookies.

Ainsi par exemple, malgré tous les problèmes rencontrés, Facebook a gagné l’année dernière 55,8 milliards de dollars pour un bénéfice net de 22,1 milliards de dollars, une augmentation respective de 37 % et 39 % par rapport à 2017 ! Snap affiche aussi un chiffre d'affaires en augmentation de +43 % sur l'ensemble de l'année 2018. Pour Evan Spiegel, la rentabilité pourrait être atteinte en 2019, une annonce qui a fait bondir l'action du groupe de plus de 23%.

D’un point de vue déontologique, c’est loin d’être aussi évident. Et c’est tout l’objet de la récente campagne de communication de Mark Zuckerberg, qui rappelle dans un communiqué de presse la mission première de Facebook: faciliter à travers la publicité l’accès gratuit du plus grand nombre au réseau social, et proposer une offre publicitaire accessible.

Car oui, la publicité sur les réseaux sociaux reste un outil puissant et accessible dans l’arsenal de marketing des marques. Toutefois l’avenir pourrait bien se trouver du côté des nouveaux formats créatifs, partenariats et autres solutions contextuelles, qui ne sont plus conditionnées par le seul recueil de données personnelles. Engager l’utilisateur sans l’interrompre, à partir du contexte dans lequel il se trouve. C’est le principe des Lenses Pinterest qui proposent à l’utilisateur des épingles qui sont en rapport avec l’environnement que l’intelligence artificielle a identifié sur sa photo. Ou encore les Shoppable Snap Ads de Snapchat et Amazon, sorte de shazam du shopping. Facebook testerait aussi de nouvelles formes de publicité search sur le modèle de Google Adwords. Autant d’initiatives des plateformes sociales qui démontrent que la pub sur les réseaux sociaux a encore de beaux jours devant elle.

 



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