Tendance 11 - L’urgence écologique – Now or never

« L’écologie c’est un mot simple, il veut dire que l’homme, comme toutes les espèces vivantes, est inclus dans un milieu qui comprend la nature, les autres espèces vivantes, les autres hommes, et qu’il ne peut pas se permettre de détruire ce milieu sans se détruire lui-même ». En 1974, René Dumont, premier candidat à une présidentielle française sous l’étiquette écologiste, avertissait déjà sur l’urgence écologique, et déclarait même de façon glaciale : « À vous de choisir : l’écologie ou la mort ». Force est de constater qu’aujourd’hui le sujet est toujours d’actualité, comme si le caractère « urgent » du phénomène avait pu être procrastiné au lendemain, quarante années durant.

Si 2015 était apparue comme l’année de la prise de conscience écologique enfin globalisée (accords de Paris), les actions effectives des gouvernements et des institutions ont semblé bien maigres, quand ce n’est pas pour rétropédaler totalement et se murer dans le déni, avec la montée des climatosceptiques symboliosée par l’élection de Donald Trump ou Jaïr Bolsonaro. 2019 pourrait ainsi marquer une année charnière, celle de la rédemption et de l’action, ou bien celle qui aura poussé l’humanité dans le précipice.

Les chiffres sur l’écologie sont alarmants. L’ONU annonce plus de 250 millions de réfugiés climatiques à l'horizon 2050.et qu’il ne nous reste plus que 12 ans pour prendre des actions concrètes afin d’enrayer le réchauffement climatique et éviter un désastre planétaire. Selon une vaste étude publiée dans Nature Climate Change, l’humanité fait les frais du dérèglement climatique de 467 façons différentes, qui continuera d’affecter irrémédiablement six aspects cruciaux de la vie humaine : santé, alimentation, eau, économie, infrastructures et sécurité. Pénuries d’eau, famines, décès, migrations… la crise écologique est une crise globale.

Nous sommes à  la fois face un consensus scientifique global sur la gravité de la situation, et une inertie politique. Jean Jouzel, climatologue, souligne que « Depuis une trentaine d’années, nous savions que si nous continuions à émettre des gaz à effet de serre, nous irions dans la deuxième partie de ce siècle vers des réchauffements importants, des élévations de la mer, des conséquences importantes et en fait nous sommes sur la trajectoire d’évolution du climat que nous envisagions. Les problèmes à long terme sont toujours masqués par les problématiques de court terme ». Un propre du politique et de nos sociétés modernes. Selon l’étude TGI près de 68% des Français se déclarent très soucieux des problèmes liés à l’environnement mais 25% considèrent que cela ne sert à rien qu’ils agissent pour l’environnement si les autres ne le font pas. Pour le philosophe australien Clive Hamilton, il est « presque impossible d’accepter toute la vérité sur ce que nous avons fait subir à la Terre ». Il existe une sorte de « culpabilité écologique » inhibitrice : qui est le plus responsable ? Le plus à même de mener des actions effectives ? Pour Fabienne Brugère, philosophe et professeure de philosophie morale et politique : « nous avons besoin de dirigeants capables de figurer l’urgence écologique, de mettre au point des mesures qui montrent combien l’écologie participe de notre bien-être ». Être didactique, montrer l’exemple, pour pouvoir mettre en ordre de marche « l’effort écologique », comme ce fut le cas pour « l’effort de guerre » un siècle plus tôt. WWF après The Deforestation Beat, tente d’alerter les jeunes populations avec sa campagne #FightForYourWorld, quand certains œuvrent pour l’ajout d’un pan écologique au SNU (Service National Universel), car le citoyen du 21ème siècle est nécessairement un citoyen écologique.

Cette léthargie des institutions et du politique a laissé une sphère d’engagement libre pour les marques et les créateurs/innovateurs qui ont démultiplié cette année leurs actions envers l’environnement. Palau Pledge, Danone qui reverse son chiffre d'affaires à des projets d'agriculture respectueux, Adidas x Parley, American Express x Parley, ou encore l’initiative Ocean Cleanup qui a enfin vu le jour. L’heure est donc à l’action, et à la fin du greenwahshing, l’engagement doit être radical et authentique.

Nous n’avons plus le temps. Il s’agit d’un sursaut citoyen mais surtout humain. It’s now or never.



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