Media Week Report - 15 juin

 

Cette semaine, le Media Week Report salue Buzzfeed France, un pure player remercié en dépit de la place qu’il avait trouvée dans le paysage médiatique français – et ce clap de fin illustre parfaitement les fragilités des modèles gratuits. Facebook s’associe quant à lui, aux Etats-Unis, avec sept médias dans la production d’émissions d’information et de magazines vidéo destinés à sa plateforme Watch et espère faire d’Instagram une véritable plateforme de vidéo. Entretemps, les chaînes gratuites anglaises s’organisent pour résister à la concurrence de Neflix et compagnie…

 media week report

BuzzFeed cesse ses activités en France

BuzzFeed, l’un des premiers de la nouvelle génération de pure players américains à s’être lancé en France fin 2013 et à avoir créé la sensation dans le milieu des médias, a décidé de fermer sa plateforme française – une décision qui, précise au Monde un porte-parole de BuzzFeed aux Etats-Unis, ne concerne que la France, pas les autres éditions internationales. Fin 2017, le média avait licencié 20 personnes au Royaume-Uni et 100 aux Etats-Unis.

« Nous prenons des mesures pour reconsidérer notre activité en France, en raison de l’incertitude des pistes de croissance sur le marché français. Nous avons commencé un processus de consultation avec BuzzFeed France », explique dans une déclaration un porte-parole. Pour justifier leur décision, les dirigeants évoquent la faiblesse des revenus générés et la concurrence présente en France, avec des sites comme Konbini, Brut, MinuteBuzz, Topito. « C’est complètement inattendu, il n’y avait aucun signe annonciateur. C’est une décision incompréhensible », a indiqué Stéphane Jourdain, rédacteur en chef adjoint.

Pour Le Monde, le paradoxe est que l’édition française de BuzzFeed avait trouvé une place dans le paysage médiatique français. D’abord très orienté divertissement, son contenu – bien édité, visuel et ludique – a connu le succès sur les réseaux sociaux, avec des quiz et des listes ciblant des publics de niche. Avec la création d’un pôle News et le recrutement de plusieurs journalistes, notamment issus de médias traditionnels, BuzzFeed France avait également acquis une crédibilité dans le domaine de l’actualité.

Pour Le Monde, la décision de BuzzFeed semble liée aux défis auxquels le média est confronté. Né sur un modèle 100 % pub et diffusé via les réseaux sociaux, BuzzFeed doit, comme tous les médias en ligne, gérer le changement d’algorithme de Facebook qui privilégie désormais davantage les publications d’amis au détriment des médias traditionnels. Plus globalement, le retrait de BuzzFeed en France est l’illustration des fragilités de son modèle gratuit.

Pour Alexandre Piquard, journaliste chargé des médias au Monde, « le modèle gratuit n’est pas mort, mais il a sans équivoque perdu du terrain ces dernières années. L’évolution est visible dans l’ensemble de la presse. Les grands sites d’information comme Le Monde ou Le Figaro ont renforcé leur domaine payant et désigné comme priorité le recrutement d’abonnés numériques » et « la plupart des médias travaillent à des offres payantes ». « Du côté des pure players, Mediapart rappelle régulièrement […] qu’il a fait un bon choix en optant d’emblée pour le modèle payant. D’autres l’ont imité […], mais […] atteindre l’équilibre n’est pas donné à tout le monde. D’autres pure players, plus versés dans les médias sociaux, comme Konbini, Brut ou MinuteBuzz, semblent exclure de passer au payant. Le défi est alors d’être très fort sur le brand content et les nouvelles formes de publicité ».

Face à la multiplication des formats et des canaux, l’étude Dimension 2018 de Kantar Media – réalisée auprès du public et d’experts en communication – indique que les normes créatives et la pertinence des publicités en ligne doivent être améliorées, et que l’on doit parvenir à une plus grande intégration des canaux – en moyenne, les consommateurs utilisent trois sources de contenu pour recueillir proactivement des informations sur une marque. Les marques qui emploient des tactiques multicanaux sont ainsi, note Kantar Media, mieux placées pour gérer leur réputation en cas de crise.

Facebook s’associe avec sept médias, et veut faire d’Instagram une véritable plateforme de vidéo

Facebook s’apprête à lancer cet été huit émissions d’information aux Etats-Unis. Le réseau social, qui ne produira pas ces rendez-vous quotidiens ou hebdomadaires, a ainsi annoncé de nombreux partenariats avec des chaînes de télévision – et s’est associé, notamment, à Fox News et CNN, les deux grandes chaînes d’information en continu – pour la production d’émissions d’information et de magazines vidéo destinés à sa plateforme Watch.

Facebook compte ainsi doper l’audience de Watch qui, lancé en août 2017, peine encore à trouver son public. Pour Campbell Brown, directrice des partenariats avec les médias, citée par Le Monde, c’est aussi « une étape importante pour promouvoir le journalisme de qualité ».  Pour les chaînes traditionnelles, une telle collaboration avec Facebook est un moyen d'accéder à de nouveaux publics et de pallier le lent déclin, aux Etats-Unis, du câble, qui constitue encore le cœur de leur modèle économique.

Plus généralement,  Facebook investit désormais – comme la plupart des géants d'internet – massivement dans ses propres contenus vidéo. Il souhaiterait d’ailleurs, selon des rumeurs, faire d’Instagram, qu’il détient, une véritable plateforme vidéo. D’après le Wall Street Journal, Instagram pourrait ainsi proposer à ses utilisateurs de produire des vidéos de longue durée de plus d’une heure – une annonce qui pourrait être officialisée le 20 juin, selon TechCrunch. Le réseau social aurait déjà entamé des discussions avec des annonceurs et des créateurs de contenus pour définir les possibilités de cette nouvelle fonctionnalité. « Instagram s’apprête à présenter un emplacement pour des vidéos plus longues, un concurrent de YouTube mais aussi son alternative à l’onglet Snapchat Discover », écrit par ailleurs TechCrunch. Le nouvel emplacement sur Instagram pourrait héberger des séries scénarisées similaires à celles qu’on trouve sur YouTube et des clips, sous un format vertical et disponibles en 4K.

Les chaînes britanniques organisent la résistance à Neflix

Confrontées à l’essor de Netflix et Amazon Prime Video, les chaînes de télévision gratuites britanniques ont décidé de s’associer pour proposer un service alternatif. La BBC, ITV et Channel 4 ont annoncé en début de semaine un investissement de 125 millions de livres supplémentaires sur cinq ans dans Freeview, leur plateforme commune d’accès à la télévision par la TNT, qui revendique déjà 11 millions de ménages.

Selon les plans, cette interface proposera au fur et à mesure toutes les fonctionnalités de visionnage de la télévision, du linéaire à la télévision de rattrapage. Une application pour smartphones et tablettes sera également lancée. Gill Hind, du bureau Enders Analysis, explique aux Echos que Freeview est « un élément clef de la stratégie des chaînes gratuites britanniques […] pour s’adapter aux nouvelles formes de consommation de la télévision ».

Le Financial Times souligne que les chaînes britanniques ont été encouragées à maintes reprises à collaborer pour résister à la rude concurrence de Netflix. A ce propos, Alex Mahon, directrice générale de Channel 4, a déclaré : « Nous devons réfléchir à ce qui est bon pour le consommateur et pour les industries créatives et à comment travailler ensemble pour faire en sorte que les valeurs du service public de radiodiffusion soient bien servies au Royaume-Uni ».

 

 



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