Social Week Report - 09 mai

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La télévision est devenue la nouvelle marotte des réseaux sociaux. Tandis que Snapchat conclut un accord avec NBC pour les Jeux de Rio, YouTube tente de convaincre les networks américains pour se lancer sur le créneau de la télévision payante. Le Social Week Report vous parle aussi des résultats de LinkedIn, du nouveau statut de Twitter sur l’App Store, et d’une bande-annonce qui fait le buzz.

SNAPCHAT EST LE PREMIER GAGNANT DES JEUX OLYMPIQUES DE RIO

L’événement médiatico-sportif de l’été sera sans conteste les Jeux Olympiques de Rio. Et c’est Snapchat qui vient de remporter la première victoire en matière de diffusion, au nez et à la barbe de ses rivaux.

NBC et Snapchat ont conclu un partenariat inédit, qui verra la création, dans la section « Discover », d’une chaîne événementielle alimentée par des contenus fournis par la chaîne américaine. Autre maillon important de ce dispositif : BuzzFeed, qui sera en charge de l’édition de contenus dédiés. Fidèle à son concept, Snapchat promet des images de coulisses des athlètes et des fans, permettant de sentir au plus près l’effervescence des Jeux de Rio.

C’est la toute première fois que NBC autorise la diffusion d’images sur une plateforme externe et le network espère bien attirer à lui une population jeune qui se détourne de plus en plus de la télévision. Snapchat ne paiera pas de droits de diffusion à NBC mais accepte en revanche de partager les revenus publicitaires générés par sa chaîne.

C’est une belle victoire pour Snapchat, qui prend ainsi de vitesse Facebook et Twitter tout en créant la surprise dans les médias. Mais cette avance pourrait s’avérer de courte durée. NBC Olympics a précisé que l’accord n’est pas exclusif, ce qui préfigure d’autres partenariats possibles. On voit mal comment la chaîne pourrait se passer, sur un événement de cette envergure, des géants du secteur et de leurs centaines de millions d’utilisateurs.

LA TÉLÉVISION PAYANTE ARRIVE SUR YOUTUBE

Le futur de la télévision s’écrira peut-être sur YouTube. L’agence de presse Bloomberg révèle cette semaine que la filiale d’Alphabet serait en discussions avancées avec les grands groupes de télévision américains pour étoffer une future offre de télévision payante. Pour l’instant identifiée sous le nom de « YouTube Unplugged », l’offre de services proposerait aux internautes un abonnement à une sélection de chaînes payantes, disponibles depuis l’application YouTube.

YouTube se dit prêt techniquement et espère se lancer sur le créneau dès 2017, mais il faudra d’abord convaincre les networks et les chaînes cablées d’être de l’aventure. Et les négociations sont serrées : du côté de la plateforme vidéo, on cherche un arrangement permettant de proposer un tarif raisonnable, à moins de 40 dollars par mois. Évidemment, ça coince pour les chaînes de télévision, qui n’entendent pas brader leurs droits de diffusion. Un accord similaire avec Apple avait justement capoté pour cause de désaccord sur les termes financiers.

Mais YouTube, qui n’est toujours pas rentable malgré sa notoriété mondiale, doit avancer dans sa stratégie de diversification des revenus. Et après l’offre musicale YouTube Red lancée aux États-Unis fin 2015, la télévision semble être tout indiquée.

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LinkedIn reprend du poil de la bête

Tout va bien pour LinkedIn, merci ! L’entreprise a publié des résultats solides et meilleurs qu’attendu au premier trimestre, après une petite frayeur en fin d’année dernière. L’indicateur crucial des nouveaux utilisateurs a été particulièrement bien accueilli : LinkedIn revendique désormais 433 millions d’inscrits, un chiffre en hausse de 19%. Les revenus générés par les abonnements payants sont également en hausse, de 22% sur un an, à 149 millions de dollars. La croissance sur le marché chinois est particulièrement forte, de quoi réjouir les investisseurs difficiles de Wall Street. Mais tout n’est pas complètement rose côté finances : LinkedIn affiche une perte nette de 46 millions de dollars sur le trimestre, pour un chiffre d’affaires de 861 millions. Autre ombre au tableau, l’engagement des utilisateurs : sur les 433 millions d’inscrits, LinkedIn ne revendique que 106 millions de visiteurs uniques par mois, preuve que les utilisateurs demeurent peu actifs sur le réseau professionnel. LinkedIn a tout de même revu à la hausse ses projections de résultats sur l’année, et s’attend à un chiffre d’affaires compris entre 3,65 à 3,7 milliards de dollars, contre 3,6 milliards annoncés précédemment. Après avoir perdu plus de 45% de sa valeur depuis le début de l'année, l'action de l'entreprise est bien remontée suite à la publication des résultats, valorisant LinkedIn à hauteur d'environ 18 milliards de dollars. Un chiffre à mettre en perspective : Twitter a actuellement une valorisation de 8,6 milliards quand Facebook vaut sur les marchés la bagatelle de 332 milliards.

Twitter est-il toujours un réseau social ?

Le Social Week Report devra-t-il bientôt arrêter de parler de Twitter ? Si l’on s’en tient strictement aux catégories de l’App Store, la plateforme n’est plus un « réseau social » depuis la semaine dernière. Twitter apparaît désormais aux côtés du Monde ou d’Europe 1 dans les applications dites d’« Actualités ». Pas de commentaire du côté de l’entreprise mais les observateurs, eux, ne se privent pas. Ce changement très stratégique pourrait permettre à Twitter de remonter dans le classement des applications les plus téléchargées et ainsi de gagner en visibilité. Il faut dire que la catégorie « réseaux sociaux » est largement trustée par des rivales de poids, dont Facebook, avec qui Twitter ne soutient plus guère la comparaison. Mais cela pose aussi plus largement la question de son statut, alors que Twitter est de plus en plus tourné vers l’information en temps réél et de moins en moins vers le selfie et les publications des utilisateurs anonymes, comme le sont encore largement Instagram ou Snapchat.

YouTube est-il la boule de cristal du box office ?

Sur YouTube, il y a évidemment le classement des vidéos les plus vues. Mais il y aussi le palmarès des vidéos les plus détestées, c’est-à-dire celles qui recoivent le plus de pouces tournés vers le bas. Finalement, les deux classements montrent quelques similitudes notables : on y y retrouve par exemple à la 4e place le « Gangnam Style » de tous les records du chanteur PSY. Mais si cette playlist est largement commentée par les médias cette semaine, c’est qu’on y trouve, coincé entre un clip de Justin Bieber et de Katy Perry, un invité surprise : la bande-annonce du nouveau Ghostbusters. Mise en ligne il y a à peine deux mois, elle a reçu plus de 685 000 pouces vers le bas, un record pour une bande-annonce de film. C’est encore plus cruel quand on regarde le nombre de likes : le trailer n’en a attiré qu’un peu plus de 225 000. Est-ce à dire que les dés sont déjà jetés pour le film, qui doit sortir aux États-Unis le 15 juillet ? Pas si sûr : même si elle semble n’avoir pas été appréciée de tous, la bande-annonce a tout de même été visionnée plus de 30 millions de fois. Mais alors, pourquoi tant de haine ? Les médias soupçonnent un relent de misogynie envers le casting 100% féminin du remake ; d’autres y voient une offensive du fan club de Bill Murray, star de la version originale devenue culte. En tout état de cause, ce buzz autour de l’impopularité présumée du film sur YouTube ne devrait pas faire de mal aux futures entrées.

Changer le monde via le web 2.0 est encore une utopie

Tous connectés et tous informés et pourtant si peu mobilisés... C’est ce paradoxe apparent qui interroge des chercheurs spécialistes de l'analyse des réseaux dans un article paru dans le dernier numéro de la revue Communications of the ACM et répéré en France par le blog InternetActu. Si les réseaux sociaux semblent sur le papier être le parfait catalyseur de la mobilisation, dans les faits, ils ne servent souvent qu’à mettre les sujets sur le devant de la scène, sans pour autant inciter les utilisateurs à agir. Pour les 3 auteurs de cet article, le fait que l’âge d’or des médias sociaux coïncide avec une crise du leadership mondiale n’est donc finalement pas si surprenant. Ni les leaders ni les foules anonymes ne semblent être désormais en mesure de rendre les grands enjeux suffisamment populaires pour mobiliser et permettre à la société d’agir. Pire, les réseaux sociaux, tels que nous les connaissons aujourd’hui, encouragent la viralité et la diffusion au plus grand nombre de l’information, mais ont peu de prise sur l’incitation à l’action. Les chercheurs appellent donc à l’émergence d’une nouvelle génération de réseaux sociaux, qui mettraient au centre de leur fonctionnement l’engagement, la réflexion et la prise de décision collective plutôt que l’éphémérité qui chasse une information après l’autre. On a hâte de voir ça.

Le Social Week Report se met au vert pour quelques jours et vous donne rendez-vous le 27 mai prochain.




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